On se souvient bien du passage de l’évangile où Jésus nous dit qu’on ne doit appeler personne « père » car on en a qu’un qui est au Ciel. C’est toujours un passage dont l’homélie est délicate pour un prêtre…
Aujourd’hui, c’est un peu pareil. Le prêtre est ordonné pour être pasteur. Le jour de l’ordination, on répond positivement à cette question : « Voulez-vous devenir prêtres […] pour servir et guider sans relâche le peuple de Dieu sous la conduite de l’Esprit Saint ? »
Le prêtre est donc un pasteur, mais Jésus nous dit qu’il est l’unique porte et un verset plus loin, on entend : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger ».
Le prêtre est-il donc un faux pasteur ? Un faux berger ? Saint Augustin a écrit une magnifique homélie sur les pasteurs.
Qu’est-ce qu’un mauvais pasteur ? C’est quelqu’un qui se nourrit lui-même sans nourrir les brebis. C’est quelqu’un qui aime ce qu’il reçoit du peuple mais qui le néglige en même temps. Il tue les brebis en leur montrant le mauvais exemple, en ayant une vie mauvaise. Il ne prévient pas du danger. Il construit sur le sable.
Qu’est-ce qu’un bon pasteur ? Il cherche d’abord à nourrir ses brebis. C’est quelqu’un qui trouve la joie dans son troupeau qui porte du fruit : pas tant les fruits dont il bénéficie, mais dans le fait que le troupeau n’est pas stérile. Il fortifie la brebis chétive en disant la vérité. Il encourage à imiter les souffrances du Christ. Il prépare les âmes au combat spirituel et à l’épreuve. Il encourage et annonce la Parole à temps et à contre-temps, que la brebis le veuille ou non. Il construit sur le roc.
Trop souvent dans l’histoire, les pasteurs n’ont pas rempli ces conditions. Dans le peuple d’Israël, et aussi aujourd’hui. Les prêtres sont pécheurs. Alors Dieu est venu lui-même être le bon pasteur et la porte des brebis.
Nous n’avons qu’un seul pasteur : Jésus Christ.
Si nous, ministres ordonnés, sommes dans cette fonction, c’est non par mérite, mais par miséricorde. Et Saint Augustin disait justement « que nous soyons chrétiens, c’est pour nous ; que nous soyons évêque/prêtre, c’est pour vous. » En tant que chrétien, je dois me nourrir pour ma sainteté ; en tant que prêtre, je dois veiller à votre sainteté.
Jésus Christ est le seul bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Dans son unique personne, nous y trouvons tous les bons pasteurs. Si tous, nous vivons dans la charité, nous nous retrouvons unis dans cet unique pasteur qu’est le Christ.
Ensuite, Jésus a confié à Pierre la charge de nous paître. On y trouve l’unité dans sa personne, et chez ses successeurs. Dieu continue de choisir des papes qui rassemblent l’Église pour les amener à la porte et à l’unique pasteur qu’est le Christ.
On a ce passage connu : Pierre, m’aimes-tu ? Pierre répond : Je t’aime. Une 2ème fois : M’aimes-tu ? – Je t’aime. Et une 3ème fois : M’aimes-tu ? – Je t’aime. Jésus fortifie l’amour pour consolider son pasteur et l’unité de l’Église.
Nous prêtres sommes pasteurs. C’est un honneur, mais comme dit saint Paul, « que ceux qui se glorifient se glorifient dans le Seigneur ». Saint Augustin continue : « C’est ainsi que le Christ est berger, ainsi qu’on est berger pour le Christ, qu’on est berger dans le Christ, qu’on n’est pas berger pour soi, en dehors du Christ. […] Que tous les pasteurs soient donc en un seul pasteur, qu’ils fassent entendre la voix unique du pasteur ; que les brebis l’entendent, qu’elles suivent leur pasteur, non pas celui-ci ou celui-là, mais le seul. Et que tous, en lui, fassent entendre une seule voix, et non pas des voix discordantes. »
Abbé Vincent du Roure

