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L’amour de Dieu modèle nos amours – Homélie 4ème dimanche du temps ordinaire

L’amour de Dieu modèle nos amours – Homélie 4ème dimanche du temps ordinaire

Assez souvent pour leur mariage les fiancés aiment bien prendre cette première  lettre de saint Paul aux corinthiens, l’hymne à la charité, c’est beau ça parle d’amour, c’est poétique, ça sonne bien me disent ils (et c’est vrai que c’est beau) mais surtout une des raisons principales pour laquelle ils prennent ce texte c’est parce que ça ne parle pas de Dieu, il n’est pas mentionné et du coup ça passe mieux, « ben oui vous savez monsieur l’abbé dans l’assistance y’a pas mal de gens qui n’ont pas mis les pieds à la messe depuis un certain temps du coup on ne voudrait pas trop les choquer, on voudrait que tout le monde s’y retrouve , et ce texte il est parfait pour ça il ne choque pas, il ne parle pas de Dieu !  Il parle d’amour et ça suffit ! » Il ne parle pas de Dieu ! C’est bien ça le problème c’est qu’on lit ce texte comme de la poésie, un texte bien horizontal, on le lit sans y voir Dieu! Alors qu’Il est partout, vous pourriez remplacer le mot amour par Dieu ce serait exactement la même chose (vous ferez l’essai chez vous ce soir) mais voila on a un peu honte de Dieu alors on le cache, on le dit pas trop fort, on le garde pour l’intimité.

Le problème avec une telle lecture c’est qu’il nous reste l’amour bien sur mais vous n’avez plus la source, la racine de l’amour, vous vous êtes  coupé de Dieu et  du coup très vite vous allez vous tarir, très vite vous vous trouverez à sec, très vite notre amour sera vide, une coquille vide, belle à l’extérieur mais désolément vide, vide de sens.

C’est d’ailleurs un peu l’expérience commune, demandez autour de vous « c’est quoi aimer ? » On ne sait plus vraiment ce que ça veut dire aimer, on s’en est tellement servi de ce mot, on l’a tellement tordu, tellement abimé, tellement bafoué, tellement méprisé qu’on ne sait plus exactement ce que c’est qu’aimer, en fait on en a perdu le sens parce qu’on en a perdu la source. Et pourtant, même le plus désabusé des hommes celui qui vous dit qu’il ne croit plus en l’amour, celui qui vous dit que le monde n’est que violence, consommation et égoïsme, même celui la n’attend qu’une chose, c’est d’aimer et plus encore d’être aimé. Alors quand on a fini de jouer aux grandes gueules, quand dans le secret de sa chambre, dans le silence de sa prière on regarde au fond de soi on sait bien que nous ne sommes fait que pour cette unique chose : aimer, on sait bien ou on sent bien que c’est la seule chose qui puisse donner un sens à notre vie et à nos actes, tout faire par amour. 

Mais malheureusement parce que nous nous sommes coupés de la source, parce que nous avons perdu de vue Dieu nous ne savons plus trop ce que c’est qu’aimer. Eh oui nous sommes tous plus ou moins des handicapés de l’amour, nous avons tous besoin d’être rééduqués, d’apprendre à nouveau à aimer, nous avons besoin d’un maitre, d’un professeur, plus encore nous avons besoin d’un témoin. 

C’est ça que nous livre saint Paul dans cet hymne à la charité, Ce dont il nous parle ce n’est pas une espèce de leçon de morale ou il nous expliquerait ce qu’il faut faire pour être un bon catholique : alors pour être un bon catholique il faut, faire ceci, faire cela, pas faire ceci pas faire cela, non ! Ce que nous livre saint Paul dans ce texte c’est une contemplation de la figure de son bien aimé, de son Dieu, de celui qui l’a saisi, de Jésus Christ; cet hymne à la charité c’est le reflet de l’amour de Dieu c’est la description précise de la manière dont Dieu aime.

Vous avez entendu « L’amour prend patience » ; eh ben oui, Dieu prend patience, Dieu patiente avec son peuple, avec l’humanité, avec nous, avec moi, et heureusement qu’il est patient quand on voit comme nous avons la tête dure, quand nous voyons notre lenteur à nous convertir et ben malgré ça Dieu nous attend, il attend que nous nous tournions vers lui, il attend que nous revenions à lui, oui Dieu est patient.

« L’amour rend service », Dieu rend service, regardez Jésus, regardez le laver les pieds de ses disciples, c’est Dieu lui même qui nous apprend ce que c’est que servir;

« L’amour ne garde pas rancune » Dieu ne garde pas rancune, c’est ce que nous enseigne toute l’histoire du peuple de Dieu, combien de fois ils se sont détournés de lui pour aller vers d’autres dieux, vers le veau d’or, vers les baals, et chaque fois Dieu le leur a pardonné. Combien de fois nous sommes nous éloigné de Dieu, combien de fois avons-nous préféré nos petites idoles au Dieu saint, au tout puissant et chaque fois il nous a pardonné, chaque fois il nous pardonne, chaque fois, nous entendons les paroles suprêmes du pardon, nous entendons Jésus qui nous dit de la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Vous pourriez toutes les prendre ces quinze attitudes que saint Paul énumère, chaque fois vois reverriez Dieu agir, parce que c’est lui la source de l’amour, c’est lui qui nous apprend à aimer.

Et d’ailleurs il ne nous a laissé qu’une seule consigne, qu’un seul commandement qu’un seul ordre, un impératif « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », c’est pas vraiment une option, nous n’avons pas vraiment le choix, c’est le seul chemin de salut, le seul chemin de bonheur : aimer. Heureusement pour nous, nous ne sommes pas laissés à nos seules forces pour cela, Dieu ne nous a pas juste dit « bon ben voila je vous laisse le mode d’emploi et maintenant vous vous débrouillez », il l’a vécu c’est ce que j’évoquai à l’instant; mais plus encore il nous a transmis son Esprit : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Ro 5, 5). Ça veut dire que « l’amour même de Dieu est répandu en nous », le jour de votre baptême vous avez été immergé dans l’amour de Dieu, rempli de son amour.  Ça c’est une bonne nouvelle… du coup quand vous entendez saint Paul dire : « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;  il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. » vous avez deux options soit vous vous dites c’est juste une belle histoire pour que les enfants soit sage, un espèce de truc pour gentils catholiques un peu idéalistes qui ne se sont pas encore vraiment frottés au monde réel, soit vous vous dites que ce dont parle saint Paul c’est ce à quoi vous êtes appelés, ce pour quoi nous sommes fait, ce dont parle saint Paul ce n’est pas d’abord d’un objectif à atteindre ce dont il parle c’est d’un don, le don de Dieu ! Ce que nous dis saint Paul c’est que nous sommes fait pour beaucoup plus grand que nous ne croyons (en tout cas pour beaucoup plus grand qu’on ne nous dit), ce que nous révèle saint Paul c’est le trésor que Dieu à mis en nous, il nous dit : «  Voilà ce que l’amour vous rend capables de faire, si vous l’accueillez ». Les quinze comportements que Saint Paul énumère dans son inventaire, ce ne sont pas des utopies, ce sont des réalités, des réalités immenses et étonnantes que l’expérience nous fait découvrir, que l’expérience vous a certainement déjà fait découvrir: réellement. Vous le savez bien, l’amour et l’amour seul permet à ceux qui aiment, à ceux qui s’aiment, d’atteindre des sommets de patience, d’oubli de soi, de douceur, de transparence, de confiance totale. 

C’est l’amour de Dieu, c’est-à-dire donné par Dieu, qui, seul, peut faire de nos communautés les témoins que le monde attend.

Parce que le monde crève quand il ne trouve pas l’amour, il aspire à cet amour véritable, il cherche la source sans la trouver. Et nous ? Nous qui avons la source, nous qui connaissons la source de cet amour, nous qui connaissons Dieu, est ce que nous l’aimons ? Est ce que nous vivons réellement de son amour ? Est ce que nous le transmettons ? 

Nos communautés doivent vivre de cet amour là, nos familles doivent vivre de cet amour là, vos couples doivent vivre de cet amour là, nous devons en vivre et rayonner de cet amour de Dieu. N’importe quel toulousain en nous voyant vivre devraient pouvoir dire, de la cathédrale (et de n’importe quelle paroisse) : viens je connais un endroit à Toulouse où les hommes s’aiment ou ils s’aiment en vérité. Ils devraient pouvoir le dire de chaque paroisse, 

ils devraient pouvoir le dire de chaque fraternités  chrétienne, 

Ils devraient pouvoir le dire de chacune de nos familles.

Seigneur fais de nos communautés des foyers d’amour

Seigneur fais de nous des témoins rayonnant de ton visage

Seigneur donne nous de puiser en ton cœur l’eau vive de ta charité

Alors grâce à vous le monde découvrira Dieu, grâce à vous il remontera à la source.

Abbé Simon d’Artigue