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Homélie du 24ème dimanche 2017 : « du fond du coeur » les 5 étapes du pardon

Homélie du 24ème dimanche 2017 : « du fond du coeur » les 5 étapes du pardon

« Louange à toi Seigneur Jésus » vous avez entendu la finale de l’Evangile? Et vous, vous répondez la bouche en cœur « Louange à toi Seigneur Jésus » Et là il n’y en a pas un qui bronche..; alors de deux choses l’une soit j’ai devant moi une assemblée de saints , dans ce cas j’ai fini mon homélie, soit c’est un reflex conditionné: quand vous entendez : « acclamons la parole de Dieu » vous chantez en cœur: « louange à toi Seigneur Jésus «  soit : vous dormiez complètement à la fin de l’évangile ? Oui parce que quand j’entends «C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. » et bien moi je tremble, je tremble, parce que le pardon ce n’est pas mon fort, j’ai du mal à pardonner et pourtant si j’en crois l’évangile le pardon des offenses, le pardon accordé à mon frère qui m’a blessé c’est le chemin du ciel. Attention ici Jésus ne nous parle pas de la confession (c’est important la confession, je vous en parlerai une autre fois) non là Jésus nous parle de ce pardon tout simple ; de ce pardon entre nous, dans notre paroisse, dans cette communauté, dans notre groupe d’amis, à l’école, en famille, en couple.

Dieu fait du pardon échangé la condition du salut, ce n’est pas rien, en fait, c’est tout !

Et pourtant, nous sommes tous des handicapés du pardon, nous avons un mal fou à demander pardon et un mal plus grand encore à accorder son pardon, pourquoi ?

Qu’est ce qui fait que je peine sur ce chemin alors que je sais que c’est vital, car c’est absolument vital, d’apprendre à pardonner

Alors je vais vous indiquer un chemin pour apprendre à pardonner, un chemin qui vient du fond de l’expérience  spirituelle de l’Eglise et cette expérience elle est : à la fois théologique et humaine, faite de la connaissance du cœur de Dieu et de la connaissance du cœur de l’homme.

Si vous vous replongez dans la mémoire de votre catéchisme. Vous vous souvenez peut être de ce qu’on appelait les actes du pénitent ? Pour apprendre à se confesser (oui je sais je vous ai dit que je ne parlerai pas de la confession. Je n’en parlerai pas. Je veux juste emprunter le même chemin pour demander pardon à mon frère – qui me l’accorde parfois –  que celui pour demander son pardon à Dieu – qui me l’accorde toujours -)

Et ce chemin il se fait en 5 étapes: l’examen de conscience, le regret, l’aveu, le ferme propos et la réparation (ca y est ça vous revient…)

Alors laissons nous guider et avançons sur ce chemin étape par étape pour parvenir au pardon

L’examen de conscience

Pour résoudre un problème il faut d’abord reconnaitre qu’il y a un problème,

Pour demander pardon il faut d’abord être conscient du mal que j’ai fait. Or nous sommes bien souvent aveugle sur nous même, nous  nous voyons trop beau

Il faut voir le mal que j’ai pu faire, tant que je ne le vois pas je suis incapable de changer, de me convertir. Il y a deux choses qui peuvent nous y aider, la parole de Dieu aussi douce que le miel et aussi tranchante qu’un glaive. La parole de Dieu qui éclaire et révèle : la parole de Dieu et la parole de mon frère. C’était l’évangile de dimanche dernier. Cette correction fraternelle qui m’aide à y voir clair dans ma vie quand j’accepte que mon frère me reprenne.

Le regret

Une chose est de voir le mal que j’ai pu faire. Autre chose est de le regretter. Vous savez cette capacité que nous avons à nous justifier, à trouver de bonnes raisons, à accuser notre frère « Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’ »

Il nous arrive de voir clairement ce que nous devrions changer dans notre vie, mais de n’avoir aucune envie de la changer, de n’attendre qu’une chose c’est que l’autre change, C’est le cœur dur, le cœur durci par l’absence de regret et, ce regret, je crois que c’est un don de Dieu. Il faut le demander au Seigneur. Seigneur montres-moi combien le mal que je fais, peut blesser. Seigneur donnes moi de regretter ce mal. Sans regret pas de conversion, et c’est la deuxième étape.

l’aveu

J’ai pris conscience du mal que j’ai fait, je le regrette mais tant que je n’ai pas été trouver mon  frère pour lui dire, « je te demande pardon pour ceci » le pardon est impossible (ou en tout cas très incomplet). Nous avons besoin de nous parler, nous sommes des êtres de paroles, des êtres de relation, c’est par des paroles que nous nous détruisons. C’est par la parole que nous nous édifions. Nous pouvons nous dire : « mais non, ce n’est pas besoin de lui demander pardon, il le sait bien, c’est évident. Tout dans mon attitude le traduit », ou bien, « c’est bon c’est du passé, il a oublié »

Le pardon demande l’aveu, l’époux qui a eu des mots durs pour son épouse doit aller la trouver et prendre le temps humblement de lui demander pardon et pas un aveu vague, non, quelque chose de précis. Car quand nous blessons notre frère ce n’est jamais vaguement. C’est toujours, un geste particulier, une parole précise, une attitude donnée, alors l’aveu, c’est de dire je te demande pardon pour cet acte que j’ai fait et que je regrette « du fond du cœur. » pas du bout des lèvres. Mais du fond du cœur. L’aveu arrache souvent des larmes et tant mieux.

Le ferme propos

La quatrième étape du pardon c’est le ferme propos. Bien entendu, si je dis « je te demande pardon » mais que je ne fais rien pour changer, alors c’est du vent et je risque de  décourager  mon frère dans le chemin qu’il a à faire pour m’accorder pleinement son pardon. Le ferme propos c’est de la stratégie pour éviter de retomber dans le même péché, dans le même mal. J’apprends à me connaitre et mon péché me révèle à moi-même. Il me révèle mes faiblesses, bien sur, celles que je n’aime pas trop voir. Mais ces faiblesses, le seul endroit où nous pouvons les voir sans qu’elles ne nous désespèrent, c’est le pardon : la miséricorde de Dieu et celle de mon frère. Sinon je vais de durcissement en durcissement. Je crois que deux versets de la première lecture viennent illustrer la juste attitude

« Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison » et c’est tellement vrai que nous nourrissons cette bête féroce, qu’elle soit: la colère, la jalousie, le jugement ou autre chose qui vient blesser mon frère et nous bien souvent. Nous sommes conscient du mal, nous le regrettons, nous demandons pardon, mais nous ne faisons rien pour changer. Bien au contraire, après la troisième étape, après avoir demandé pardon, nous reprenons notre vie comme si de rien n’était, voir même nous continuons à nourrir le monstre qui nous détruit. Et, si nous nourrissions d’autre chose ? C’est ce que nous faisons en communiant au corps du Christ. Ce n’est pas un simple rituel, en communiant, nous nourrissons la communion entre nous.

 <Ne garde pas de rancune envers le prochain > Garder, c’est conserver. C’est à dire que j’ai fait la démarche de demander pardon. Mais au fond, je conserve en moi quelque chose qui continue à me détruire. Il ne faut pas garder cette rancune comme si c’était un trésor précieux. C’est pourri. C’est la mort que nous gardons en nous. Nous croyons avoir demandé pardon (et parfois nous l’avons réellement fait) mais nous gardons en nous le germe, la racine du mal. Et si nous gardions plutôt la parole de Dieu. Si nous nourrissions la bienveillance, si nous cultivions la douceur.

La réparation

La cinquième étape c’est la réparation, le mal que j’ai fait je dois le réparer, le réparer concrètement, alors bien entendu tout n’est pas réparable à l’identique, bien souvent une parole dure ou injuste, une infidélité  va laisser longtemps une cicatrice sur notre cœur (peut être même laisser toujours une trace, une trace qui ne sera plus douloureuse, mais qui sera visible, comme la marque de notre fragilité). Mais, nous pouvons toujours poser, inventer des gestes, des paroles, des moments privilégiés qui vont être comme un baume, un baume réparateur sur la blessure infligée.

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur.  

5 étapes pour aller au fond du cœur

Tu regrettes du fond du cœur, je te pardonne du fond du cœur; c’est ça qui renouvelle la vie, c’est ça qui fait jaillir la miséricorde,  la miséricorde   qui est le fond du cœur de Dieu

 

Abbé Simon d’Artigue

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