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« Aussitôt ils le suivirent » Homélie 3ème dimanche TO B 2018

« Aussitôt ils le suivirent » Homélie 3ème dimanche TO B 2018

Ils auraient pu passer leur vie entière à jeter leurs filets puis réparer leurs filets au bords du lac, puis jeter, réparer, jeter, réparer…

Mais « Aussitôt il le suivirent ».

Nous avons tant de peurs qui nous retiennent de suivre le Christ.

Je ne parle pas seulement de le suivre comme prêtre, ou religieuse,  je parle de le suivre comme disciples, je parle de chacun de nous aujourd’hui.

J’en relève trois, trois peurs fondamentales, trois peurs paralysantes et trois réponses de l’Evangile aujourd’hui parce qu’ « aussitôt ils le suivirent »

  • Une première peur nous paralyse : « Qu’est-ce qu’il va me demander? »

Des trucs impossibles, devenir saint… mais Jésus ne demande qu’une seule chose : le suivre; et là rien d’impossible, le suivre c’est juste faire un pas puis un autre pas, un seul pas à la fois.

Se mettre à la suite du Christ, c’est le fréquenter, l’écouter, le voir agir, se mettre à son école pour l’imiter.

Alors certains d’entre nous se disent peut-être qu’ils sont plutôt du coté de Zébédé, du père, voire du grand-père, tentés de rester dans la barque, que la grande aventure, c’est fait pour les jeunes, que la grande aventure, la suite du Christ, c’est trop tard et les plus jeunes se disent que c’est pour plus tard quand ils auront appris à manier le filet, quand ils seront prêts. En fait, c’est souvent trop tôt ou trop tard, comme si c’était une question d’âge ! Ce n’est pas une question d’âge, c’est une question de coeur. Aucun d’entre nous ici n’a le droit de se croire exclu de cette merveilleuse aventure de la suite du Christ. Quand la question se pose, quand le Christ se présente devant nous et ce peut être aujourd’hui, nous pouvons tergiverser, nous tâter le pouls, regarder notre barque et nos filets avec nostalgie ou bien nous pouvons comme les disciples répondre « aussitôt« .

  • Une deuxième peur nous retient « Qu’est ce qu’il va m’enlever? »

Il pèse toujours un soupçon sur Jésus, comme s’il était dangereux, une espèce de voleur, comme s’il était venu pour nous enlever quelque chose.

Non seulement il ne nous enlève rien, mais il va même nous rajouter ; de pêcheurs que nous étions, il fait de nous des pêcheurs d’hommes.

Le Seigneur nous prend là où nous sommes, il se sert de nos talents. Il ne nous demande rien d’impossible : ils savaient pêcher, ils savaient même bien pêcher Pierre, Jacques et André, ils étaient entrainés. « Jésus vit Simon et André, le frère de Simon,en train de jeter les filets dans la mer.» Il les vit : ça veut dire que Jésus les connait, il connait leurs forces et leurs faiblesses, il connait nos forces et nos faiblesses. Nos faiblesses, ils vient les habiter par sa miséricorde ; nos forces, il veut les mettre au service de son royaume.

« Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Cette parole du Christ rejoint un immense désir, un désir qui existait dans leur coeur, ils voulaient plus, plus que pêcher du poisson.

Jésus ne nous appelle pas à moins, il nous appelle à plus. Il révèle le fond de notre coeur, celui que nous avons oublié, celui que nous n’osons pas regarder ou nous avouer, celui que nous avions bien enfoui : nos grands désirs, nos grands rêves, le Christ vient les réveiller, les révéler, les réaliser. Ne vous contentez pas de peu quand le Christ veut vous donner beaucoup, quand il veut faire beaucoup avec vous.

  • Troisième frein: « Où est-ce qu’il va m’emmener ? »

Parce que c’est vrai que le confort nous tient, l’habitude nous tient, la tradition nous tient et nous retient.

Et puis, au fond, pourquoi changer ? Pourquoi quitter ma barque, mes filets, ma sécurité, ce que je connais, ce que je tiens ? Pour une seule raison me semble-t-il, une seule raison pousse Pierre à tout quitter : pour être avec Lui.

Parce que Jésus passe « passant au bord de la mer de Galilée », Jésus passe dans nos vies et nous pouvons le laisser passer sans broncher ou nous pouvons faire ce premier pas,  ce premier mouvement de se mettre à sa suite, de se mettre en route et peu importe pour aller où, parce qu’il faut bien l’avouer pas plus que Simon, Jacques ou André ne savaient où ils allaient, nous non plus ne le savons ; et au fond, peu importe.

On ne sait pas où on va mais on sait avec qui on y va et ça, ça nous suffit.

Alors Seigneur, viens lever nos peurs, viens lever nos freins parce que nous ne voulons pas passer notre vie au bord du lac à repriser nos filets, nous voulons vivre à ta suite, vivre avec Toi.

Abbé Simon d’Artigue