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Soyez saint ! – Homélie 7 dimanche ordinaire 2020

Soyez saint ! – Homélie 7 dimanche ordinaire 2020

Quelle est votre ambition dans la vie ?

Réussir votre couple, votre vie de famille, être riche, réussir vos examens, vieillir en bonne santé ?

Ce ne sont que de bonnes choses, mais c’est trop peu.

Vous l’avez entendu l’ambition de Dieu pour chacun de nous : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » Voilà ce à quoi nous sommes appelés : être saint, ni plus, ni moins.

Et c’est bien là le problème ! C’est que, moi, je vois bien comment il faut faire pour être ébéniste, pour être dentiste, instituteur, pour être boulanger. Mais pour être saint, je ne connais pas d’école.

Et puis, la sainteté, vous avez déjà essayé et vous n’y êtes pas arrivé ; du coup, vous vous êtes dit : « c’est bon ça va, on a déjà du mal à être de bons catholiques, on est là à la messe le dimanche, c’est déjà bien !». C’est vrai que c’est déjà bien, mais souvenez-vous pourquoi vous êtes là ce matin à l’Église ? Pour être saint, par amour pour Dieu, c’est tout. Alors bien sûr, il y a quelques enfants qui sont là parce que leurs parents les y ont obligés (et ce n’est pas un mal) mais pour les autres, tout ceux qui ne sont plus obligés par rien, pourquoi est-ce que vous êtes là ce matin ? Pour être saints.

Le problème de la sainteté, c’est qu’on la confond avec la perfection. Vous avez remarqué notre première lecture et la finale de l’Évangile qui eux aussi ajoutent à la confusion « soyez saints » et « vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » ; et là, c’est absolument désespérant, parce que ce dont je suis certain c’est qu’ici, aujourd’hui, dans cette église, il n’y a personne de parfait. C’est même ce que nous avons en commun ici d’être un rassemblement de pécheurs. Du coup, si nous restons dans cette confusion du parfait et du saint, nous risquons de désespérer, désespérer de Dieu qui m’abandonne à mon imperfection, de nous-mêmes qui n’y arrivons décidément pas, des autres qui sont bien plus imparfaits que moi et de l’Église qui, sous quelque couture que je la prenne, me semble de plus en plus imparfaite et plus je la connais, plus je la trouve imparfaite. Cette pente désespérante, comme tout ce qui est désespérant, ne vient pas de Dieu : Dieu ne sait que nous encourager, nous redonner espoir quand nous en manquons.

C’est donc qu’il doit y avoir autre chose que ça dans cet impératif : « soyez saints ! »

Oui, il y a autre chose. Il y a la pédagogie de Dieu avec nous et ça tombe bien parce que les textes d’aujourd’hui nous donnent 5 des étapes de cette pédagogie :

La première étape, c’est l’exigence : « soyez saints », regardez vers le haut, visez haut, car mieux vaut viser la perfection et la manquer que de viser la médiocrité et l’atteindre. Jésus veut beaucoup pour nous, il veut plus : « on vous a dit, moi je vous dis ». Et en même temps, il respecte notre tempo, il respecte notre lenteur à nous convertir, notre fragilité, notre faiblesse, il est patient avec nous, il marche à notre rythme. Vous savez l’œil pour œil ça nous semble une régression, en fait c’était un progrès dans le cycle de la vengeance, mais il nous appelle à plus encore.

La seconde étape, c’est l’enseignement : « On vous a dit, moi je vous dis » : Dieu nous conseille, il nous enseigne. Qui est-ce que je vais écouter ? Dans le « on vous a dit » le on, ce sont tous les autres conseillers, pas toujours mauvais, d’ailleurs il y en a qui nous conviennent mieux, plus simples, plus accessibles. Finalement, coller une tarte à celui qui vient de nous en coller une, c’est quand même la justice, non ? Dans « Moi je vous dis », l’important ce n’est pas tant le contenu du message, qui est une folie, qui n’est absolument pas raisonnable, l’important c’est le moi et ce moi, c’est Jésus. Est-ce que je te fais confiance, Seigneur, quand tu m’enseignes ? Quand tu me dis de tendre la joue ? Quand tu me dis d’aimer de manière inconditionnelle ? De pardonner sans cesse, sans me lasser ? Ou bien est-ce que je suis raisonnable ? Vous savez, une foi raisonnable, une pratique raisonnable, une religion dans les limites de la raison, une religion qui ne me tire pas au-delà de moi-même. Laissez-vous enseigner, laissez-vous éduquer, c’est à dire tirer plus haut.

La troisième étape, c’est la correction fraternelle : il y a l’enseignement du Christ qui est premier mais il y a aussi l’aide de mes frères pour le comprendre, pour le suivre, pour marcher vers la sainteté : « tu devras réprimander ton compatriote, et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui. » Nous sommes responsables les uns des autres, nous devons nous entrainer vers le haut et non pas nous tirer vers le bas ; du coup, chaque fois que je vois l’un de mes frères qui se perd, je me dois de le lui dire, c’est cela la correction fraternelle. C’est dur à appliquer, nous nous sommes tellement laissés enfermer dans l’indifférence (qui prend parfois le nom de respect de la différence) et j’entends déjà les objections :
« Mais qui suis-je pour lui faire une remarque ? » Tu es son frère et tu ne veux pas qu’il se perde.
« Et puis, suis-je certain qu’il se trompe ? » Il ne s’agit pas d’imposer son opinion mais de rappeler fraternellement les exigences de l’Évangile.
« Qu’est-ce qu’il va penser de moi ? » Que tu l’aimes au point de te mouiller.
Attention ! Cette correction, ce n’est pas de la morale, son moteur. C’est l’amour que je porte à mon frère. Elle se fait seul à seul, en tête à tête ; elle se fait pour chercher le bien de l’autre, sa sainteté ; elle nous rend solidaire de lui. Celui qui reprend son frère s’engage à l’accompagner pour le relever, l’encourager ; celui qui reprend son frère l’autorise aussi à être repris à son tour. Et marcher ensemble vers les cimes.

La quatrième étape, c’est le pardon : « Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse » Ps 102. Le Seigneur nous pardonne toujours, il nous pardonne particulièrement si nous désespérons. Le Seigneur nous pardonne toujours, sans se lasser, sans jamais désespérer de notre faiblesse, il nous pardonne, comme la traduction première de son amour pour nous, car il sait bien que cette injonction « soyez saints » entrainera chez nous des chutes et des découragements. Alors il nous accompagne, il est avec nous. Nous pouvons désespérer de nous et des autres mais nous ne devons jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.

La cinquième étape (ou la première plutôt), c’est le don de l’Esprit Saint : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » 1 Cor 3.16. Cette perfection, cette sainteté, elle n’est pas de notre fait, elle n’est pas au bout de nos efforts : elle est un don de Dieu, un don qui nous a déjà été fait au baptême. «Ne savez-vous pas», nous pourrions le traduire par « souvenez-vous » : souvenez-vous de tout ce que Dieu a déjà fait en vous, des merveilles de Dieu dans vos vies.

Et chaque fois que je me sens incapable,
Incapable de pardonner à celui qui m’a trop blessé,
Incapable d’aimer celui que je n’aime pas, celui que je n’aime plus, celui qui est trop différent ou celui qui me hait,
Incapable de ne pas riposter, quand je sens la violence ou la colère monter en moi,
Incapable de me relever seul, parce que trop fatigué, parce que découragé,
Incapable de reprendre mon frère, parce que rongé par l’indifférence,
Ne regardez pas votre incapacité, votre faiblesse, votre découragement.
Regardez-le Lui.
Ce don qui nous a été fait au baptême, le Seigneur veut encore le renouveler ce soir, pendant cette messe,

Il veut renouveler notre désir de sainteté,
Il veut renouveler notre soif de lui, de le suivre lui, de l’écouter Lui, de nous laisser pardonner par Lui, d’accueillir son Esprit Saint.

Amen

Abbé Simon d’Artigue