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Il y a une place pour chacun – homélie 3ème dimanche TO 2019

Il y a une place pour chacun – homélie 3ème dimanche TO 2019

Il y en a qui arrivent discrètement 10 mn après le début de la messe, peut-être parce qu’ils ne se savent pas attendus. Alors ils s’installent au dernier rang pour ne pas déranger ou bien pour pouvoir partir rapidement à peine la dernière bouchée avalée ; ou bien parce qu’ils ne connaissent personne et que personne ne les connait, personne ne les accueille, ne les salue avant la messe, personne ne les aborde à la fin de la messe, alors ils partent sur la pointe des pieds ; ou bien parce qu’ils n’ont pas leur place dans la communauté, parce qu’ils se disent (ou parce qu’on leur a dit) « ben non moi je suis divorcé et remarié, j’ai bien compris que je n’étais pas le bienvenu », « moi je suis homosexuel, on m’a suffisamment fait sentir que je n’avais pas ma place à l’Eglise » et un autre qui se dit « moi je suis tellement englué dans mon péché que je ne peux m’approcher du Christ », un autre encore qui se dit « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir. » Tiens, cet autre, c’est moi. C’est moi qui, à chaque messe, le dit et le redit, qui le sait et pourtant je m’avance vers Toi Seigneur. 

Comment se fait-il qu’on ai pu penser cela une seule seconde ? Comment se fait-il qu’on ait pu penser qu’il y avait un seul de nos frères (fut-il le plus grand des pêcheurs) qui n’ait pas sa place dans l’Eglise du Christ ? Comment se fait-il qu’on ait pu penser cela ? serait-ce que nous n’avons pas écouté ce texte de saint Paul aux Corinthiens ? Serait-ce que nous avons oublié que nous sommes le corps du Christ ?

Tous, nous avons notre place dans l’Eglise, 

Tous, nous avons une place toute particulière dans notre Eglise, une Eglise où « chacun à sa place ».

Personne n’est de trop ici.

Personne ne doit se dire : 

Non, moi je suis trop vieux pour servir.

Non, moi je suis trop jeune pour prendre la parole.

Non, moi je suis trop différent pour m’intégrer.

Non, moi je ne sais rien faire de valable pour l’Eglise.

Car si nous ne tenons pas notre place dans l’Eglise alors personne ne la tiendra à notre place car nous sommes absolument unique et dans la communauté, dans notre paroisse, il manquera quelqu’un.

C’est vrai pour chacun de nous ici rassemblés mais ça veut dire aussi qu’il y en a qui sont au dehors et qui nous manquent ce matin, car ils ont leur place, chacune de ces places vides à nos cotés doit être une souffrance et un appel. 

Mais ça veut dire aussi que chacun a reçu un don de la grâce, un don pour la communauté, un don pour bâtir l’Eglise.

Attention, ne cherchez pas à être tout à la fois mais seulement à tenir votre place, à être ce que vous devez être. 

Et je ne suis pas là en train de recruter les catéchistes pour l’an prochain (même si nous avons besoin de catéchistes). Je suis en train de vous dire que vous avez tous votre place et qu’il faut la trouver, et que nous pouvons nous aider les uns les autres à la trouver. Parfois, nous sommes totalement aveugles sur nos talents, sur les dons que le Seigneur nous a fait (car le Seigneur vous a fait un don à chacun.) Peut-être parce qu’on on nous a trop répété que nous étions nuls, que nous ne savions rien faire et que nous l’avons cru. Parfois nous nous cachons sous une espèce de fausse modestie en disant « non je ne sais pas faire. » Mais il y a ici quelqu’un qui peut nous révéler à nous-même, il y a ici un frère, une soeur qui peut nous dire combien il a été touché par notre parole apaisante, combien il se sent bien chez nous, combien nous l’avons aidé à prier, combien un conseil a pu l’éclairer. Alors, nous avons besoin de nous le dire.

N’hésitez pas à dire à votre frère le bien qu’il vous a fait, c’est certainement le signe de son talent. 

Pour découvrir notre place dans le corps du Christ, pour découvrir parmi nous 

qui est la main qui sert et qui accueille,

qui est le nez qui sent et qui détecte ,

qui est l’oreille qui écoute et qui apaise,

qui est la bouche qui enseigne, qui conseille et qui loue,

qui est le pied qui va aux périphéries et qui annonce la bonne nouvelle,

qui est le coeur secret, le coeur qui bat et qui intercède,

qui est l’oeil qui discerne et qui s’émerveille,

qui est la tête qui réfléchit et gouverne,

qui est l’épaule qui porte et qui console,

qui est le bras qui protège et qui soutient,

qui est le doigt qui compte et qui pianote,

qui est l’index qui montre le chemin et qui avertit,

qui est la poitrine qui nourrit et qui résonne,

qui est le genou qui fléchit et qui adore.

Seigneur donne-moi de trouver ma place dans ton corps qui est l’Eglise, mon Eglise.

 

Abbé Simon d’Artigue